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06/12/2006

La bazar audiovisuel

Le PAF est devenu un souk. Une sorte de bazar numérique, un eBay audiovisuel où l’on passe son temps à acheter, à vendre, à échanger. Je te passe le sel, tu me passes le rutabaga. Hier matin, Stéphane Bern (France Inter) était l’invité de Jean-Marc Morandini (Europe 1). L'après-midi, Laurent Ruquier (Europe 1) avait pour invité son propre chroniqueur Jean-Luc Lemoine (France 2). Le soir, Marc-Olivier Fogiel (M6) recevait... Laurent Ruquier !
Ces échanges incestueux et mercantiles où chaque animateur est le producteur d’un autre, deviennent indécents : Drucker reçu par Denisot (Canal +), Sébastien reçu par Mireille Dumas (France 2), Arthur reçu par Pascale Clark (Canal +), ou réciproquement, le cercle se resserre !
Chez Ruquier (Europe 1), on ne cesse de promouvoir le dernier film, la dernière pièce, le dernier stand up, le dernier DVD des chroniqueurs présents, voire de l'animateur lui-même. C’est à peine s’il reste du temps pour faire la promo des invités extérieurs !

13/11/2006

Les gladiateurs modernes

Intéressante interview de Mgr di Falco par Henri Tincq, dans Le Monde de lundi, sur la télévision triomphante qui, plus que jamais, brutalise les individus et fait commerce, sans vergogne, de leur intimité.
Il a raison, l’évêque de Gap : dans les nouveaux "jeux du cirque" qu’incarnent les médias, les "gladiateurs" modernes sont tous ces gens qui viennent en plateau se faire laminer, insulter, déshabiller, broyer, humilier, ridiculiser : de Koh Lanta à la quotidienne de Jean-Luc Delarue, des invités de Stéphane Bern aux victimes du jeu d’Arthur, des Z’Amours aux candidats de la Nouvelle Star, ces esclaves qui s'ignorent jouent leur dignité et leur intimité dans l’espoir de gagner notoriété et argent. A la fois voyeur et exhibitionniste, impudique et cruel, le peuple rassemblé devant l’écran exige, le pouce vers le bas, du sang et des larmes.
On n’a pas progressé depuis Néron.

01/10/2006

Respect, Monsieur Ruquier

Les soirées du PAF sont maintenant installées. Face à Stéphane Bern qui pédale dans le pugilat artificiel et à Marc-Olivier Fogiel qui s’enlise dans le cynique convenu, le grand vainqueur du mercato télévisuel de l'été 2006 est, sans aucun doute, Laurent Ruquier.
D’abord, il est aussi gentil et détendu que ses deux rivaux sont hargneux et stressés. Ensuite, il s’est choisi des complices très drôles (Florence Foresti et Jean-Luc Lemoine). Enfin, il laisse parler ses invités plus de quinze secondes sans les interrompre comme un malotrus ! Le plateau de On est pas couché est aussi conflictuel que les autres (y compris, comme hier, sur l’islam et le terrorisme) et on s’y insulte aussi parfois, mais Ruquier sourit, s’excuse, relance, met à l’aise, plaisante, dédramatise, calme le jeu. Ce garçon réussit à imposer un drôle de truc qui date de la télé en noir et blanc : le respect de l’autre. Cela fait un bien fou.

30/09/2006

Guy Carlier et les ploucs

Dur retour sur terre pour Guy Carlier, qui s’était habitué aux paillettes, aux caméras et à l’argent facile. N’ayant pas suivi son complice Marco sur M6, il a retrouvé sur France Inter un studio sinistre, un vieux micro déglingué et ce silence oppressant qui règne, à l’aube, dans les couloirs poisseux de la Maison de la Radio. medium_guycarlierportrait.jpg
Alors il se venge. A deux reprises, cette semaine, il s’en est pris à l’Est Républicain, qui a publié la fameuse note de la DGSE sur la mort de Ben Laden. Ah ! Ah ! Un scoop dans la presse régionale ? Allons, qui peut le croire ? Pour lui, un journal de province est fait par des ploucs et pour des ploucs ! Carlier, qui voue un vrai culte au Libé de sa jeunesse, affiche un mépris abyssal pour les vrais gens qui lisent les vrais journaux.
Carlier est payé pour être méchant et drôle. On devrait lui retirer la moitié de son salaire.

28/09/2006

Le top de la vulgarité

Le summum de la violence et de la vulgarité, à la télévision française, c’est un jeu appelé A prendre ou à laisser, présenté chaque jour sur TF1 par Arthur. L’ex "animateur le plus con du PAF" (c’était naguère son slogan) y fait miroiter à de jeunes femmes fascinées des fortunes gigantesques qu’elles perdent parfois à la dernière minute dans un concert de larmes, de crise de nerfs et d’applaudissements. Toujours jolies, les candidates : Arthur ne se prive pas de les serrer et de les tripoter en minaudant – au point qu’on n’a aucune illusion sur les critères de son casting. Il est comme ça, Arthur : l’argent, les femmes, faut qu’il touche !
Le richissime animateur-producteur essuyant les larmes de la malheureuse Josette, qui gagne 540 euros par mois comme caissière à l’Intermarché de Vesoul, et qui vient de rater d’un cheveu la somme de 500.000 euros : c’est vraiment, vraiment odieux.

22/09/2006

Béatrice suspendue

C’est décidé. Béatrice Schönberg, femme de Jean-Louis Borloo, cessera de présenter le JT de France 2 le 25 février 2007. Motif : un copain de son mari sera probablement candidat aux présidentielles. Le copain est UMP, son mari est radical, mais on ne sait jamais : entre deux pubs, furtivement, elle pourrait en dire du bien !
medium_BSch.2.JPGLa femme du ministre retrouvera donc son job le 12 mai, juste avant le démarrage de la campagne législative où le même Borloo, cette fois, sera personnellement candidat. Probablement devra-t-elle quitter le studio à chaque fois qu’on parlera de Valenciennes ?
Je me rappelle avec nostalgie le temps où le président Mitterrand était interviewé par Anne Sinclair et Christine Ockrent, dont les maris étaient respectivement chargés, dans son gouvernement, des finances et de la santé. O tempora, o mores.

19/09/2006

L'ego d'Angot

Impossible d’allumer sa télé, actuellement, sans voir Christine Angot parler de son dernier livre, toujours dans les mêmes formes : indignations confuses, développements incohérents, colères gratuites, insultes arrogantes. Cette femme, à l’ego démesuré, est l’orgueil incarné. Tout critique, tout journaliste, tout animateur – tout ce qui n’est pas elle, en réalité – est forcément "stupide", "naïf", "pas intéressant", "débile", etc. Même Pascale Clark, sur Canal +, en a fait l’expérience tout à l'heure : "Pouvez-vous le comprendre ?" "Qui a écrit le livre, c’est vous ou moi ?" Un peu déroutée, Pascale !
D'émission en émission, Christine Angot qualifie les émissions de Pivot de "bouillie infernale", traite Eric Zemmour de "raciste" ou exprime un mépris injurieux pour Elisabeth Guigou, elle aussi en promo. Quelle importance ? Plus elle passe à la télé, plus elle dézingue la télé. Plus elle dézingue la télé, plus elle passe à la télé. Et plus elle vend de livres.

13/09/2006

Fogiel, le retour

Fogiel est revenu. Sur M6. Avec la même émission qu’il animait sur France 3 le dimanche soir. Même studio, même ton, même style, mêmes stars en promo : Delon, Bruel, Djamel Debbouze, Cécile de France. Mêmes logos dans le coin de l’écran, mêmes SMS pleins de fautes d’orthographe. Même mélange de faux thèmes sérieux et de vrais sujets trash : la vie sexuelle des hommes politiques, etc.
medium_Marc-O.jpg Seule innovation, à part les coupures de pub et un titre piqué à Lauzier (T’empêche tout le monde de dormir): la présence du musicien André Manoukian, qui lit une chronique incompréhensible aussi péniblement que le faisait Doc Gynéco sur France 3. Et une fille derrière un ordinateur, là-haut, qui n’intéresse personne.
La vraie nouveauté, c’est que l’émission commence à 23 heures, c’est-à-dire qu’elle n’est pas regardée par les vrais gens, ceux qui travaillent le lendemain. Je me suis endormi avant la fin, en écoutant François Hollande ne rien dire...

07/09/2006

L'Arène de France

Stéphane Bern a du talent, mais il a aussi du culot : expliquer que sa nouvelle émission est un lieu de liberté comme il n’y en a pas eu depuis longtemps à la télévision française ! Ho, Stéphane ! On se calme !
L’Arène de France est une émission classique, au sens d’aujourd’hui : on y sert la soupe à des "peoples" invités en fonction de leur "actualité" ; on y défend l’école républicaine en disant des gros mots ; on y apprend à ne jamais écouter personne et à couper la parole à tout le monde ; on demande à un public mal élevé de voter à l’aide d’un buzzeur sur des sujets qui le dépassent ; et, entre un sketch à deux balles et une caméra cachée, on demande à de vrais avocats de faire de fausses plaidoiries pour bien montrer qu’au fond, rien n’est grave et que tout se vaut : on applaudit Olivier Besancenot et Gilles de Robien avec la même sympathique conviction que rien de tout cela n’a vraiment d’importance. Et c’est le cas.

17/07/2006

La télé en noirs et blancs

medium_roselmack-0606.jpgHarry Roselmack, le nouveau présentateur du JT de TF1, n’est pas noir. Dans notre pays, il n’y a ni blancs ni noirs. Le "modèle républicain" interdit aux démographes, statisticiens, économistes, douaniers et autres dermatologues de comptabiliser les blancs et les noirs. Dura lex, sed lex : Harry Roselmack est un journaliste qui n’a aucune particularité ethnique. Rien à voir, donc, avec le souhait de voir mieux représentées, ici et là, certaines minorités "visibles" !
Un souhait pourtant légitime. Prenez le Tour de France. Un vrai scandale. Pourquoi la Grande Boucle est-elle réservée aux blancs ? Pourquoi, en un siècle, jamais un noir n’a porté le maillot jaune ? Ne faudrait-il pas faire un peu de discrimination positive, là aussi ? Il faudrait en parler au directeur de la course. Il s’appelle Leblanc.