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10/04/2010

L'événement de la semaine

Pardon à mes éminents confrères obnubilés par la "rumeur" élyséenne, mais l'événement de la semaine n'était pas là. La rencontre Tusk-Poutine à Katyn, mercredi, fut, elle, un vrai tournant historique au niveau du vieux continent : pour la première fois, la Russie a rendu un hommage solennel aux 22 000 officiers et soldats polonais assassinés en 1940 par la police politique de l’URSS. Je me rappelle encore Gorbatchev ratant son voyage en Pologne en juillet 1988 – j’y étais – parce qu’il n’avait pas osé parler du crime de Katyn, toujours imputé, à l’époque, contre toutes les évidences, aux nazis. Cette fois, la page est tournée. Dommage que les Français, sauf exceptions, ne se soient jamais intéressé à Katyn.

 

20/03/2010

Une bouffée de Russie

Nivat sign-1.JPGLe Club des Ecrivains de Bourgogne recevait hier à Dijon le professeur Georges Nivat, un des meilleurs connaisseurs européens de la Russie, à l’occasion de la parution de son livre Le phénomène Soljenitsyne (Fayard). Il est rare d’entendre parler de la Russie (avant, pendant et après la parenthèse soviétique) avec une telle finesse. Au risque de bousculer nombre d’idées reçues : ce n’est pas Gorbatchev mais Eltsine qui a ressuscité la Russie, explique Nivat ! En pleine campagne régionale, évoquer Pierre Pascal, Boris Souvarine, Boris Pasternak et Soljenitsyne fut comme une bouffée de fraîcheur. Une lampée de vodka glacée. Santé !

11/02/2010

Cuisant échec pour l'Europe

A-t-on bien mesuré, dans les médias français, le formidable échec que représente pour l’Europe le résultat des présidentielles en Ukraine ? Ainsi, ce pays 100 % européen (le centre géographique de l’Europe "de l'Atlantique à l'Oural" est en Ukraine subcarpatique) de 50 millions d’habitants revenus étrillés de l’enfer communiste (Staline a laissé 6 millions d’Ukrainiens mourir de faim en 1932-33), a finalement préféré pencher vers la Russie de Medvedev et Poutine (vote Ianoukovitch) plutôt que vers l’Union européenne (vote Timochenko) ? Quelle image ont-ils donc de l’Europe occidentale, ces Ukrainiens à l’histoire si ingrate ? Celle de nations riches mais terriblement égoïstes, qui s’intéressent moins à eux qu’à la Turquie voisine et si peu européenne, et qui n’ont, décidément, jamais rien compris à l’Europe centrale.

16/05/2009

Ce bon vieux Staline

Varennikov.jpgIl a eu tout faux, le général Valentin Varennikov, qui vient de mourir. Quelle carrière ! Jugez plutôt : jeune, il a soutenu Staline (1953) et il a participé à toutes les opérations étrangères de Brejnev (1964-80) ; puis il a nettoyé l'Afghanistan (1985-89), il a animé le putsch contre Gorbatchev (1991), il a déploré la fin de l'URSS (1992), il a dénigré Eltsine et les "démocrates" (1993), il a pacifié la Tchétchénie (1999-2000), etc, etc. Et il n'a cessé, jusqu'à sa mort, de regretter le bon vieux temps du goulag et de la guerre froide. Il a eu droit, hier, à Moscou, à des obsèques nationales. Rompez.

08/09/2008

Les Russes ont gagné

5736ae8be52b589234d1954781d2358f.jpgLes frontières de l’immense Russie, depuis mille ans, sont celles que lui ont imposées ses voisins – par la force, par la ruse ou par la négociation. En validant le retrait des soldats russes du territoire géorgien "à l’exception de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud", Sarko et Barroso ont entériné la nouvelle carte du Caucase façon Poutine. Chacun va se réjouir, plus ou moins bruyamment, que la Russie n’envahisse pas toute la Géorgie - notamment tous les commentateurs qui hurlent bêtement au "retour de la guerre froide", et qui n’ont rien compris au film ! Que les futurs observateurs de l’Union européenne se voient interdire par le Kremlin les deux territoires contestés est significatif : les Russes sont décidément de remarquables joueurs d’échecs.

07/09/2008

La Bourgogne à l'ONU !

La Bourgogne sera bientôt membre de l’ONU. Le précédent du Kossovo lui permet de l’espérer. Après l’Abkhazie et l’Ossétie du sud, on verra bientôt le Waziristan, le Somaliland, le Haut-Karabakh, la Transnistrie et quelques autres s’engouffrer dans la brèche et revendiquer leur indépendance. Pourquoi pas la Bourgogne ? L’ancien duché scandaleusement annexé par Louis XI à l’Etat français en 1477 est plus peuplé et plus viable que tous ces peuples qui ne savent même pas ce qu’est un tire-bouchon. Il suffit qu’une colonne de chars russes s’approche de Dijon, qu’une poignée de miliciens morvandiaux mettent le feu à quelques voitures et que l’armée française, après réflexion, renonce à bombarder le Kremlin.

05/09/2008

Boycotter Sotchi ?

Je n’ai pas de boule de cristal, mais il est assez facile de prévoir qu’après les Jeux paralympiques de Pékin, une campagne sera lancée pour le boycott des Jeux Olympiques de Sotchi (Russie) en 2014 : une protestation de Glucksmann chez Elkabbach, 2 minutes sur une manif de Robert Ménard au JT de TF1, une tribune de BHL dans le Monde, et hop ! Il est vrai que Sotchi est à quelques coups de canon de l’Abkhazie, cette région géorgienne que Moscou a décidé de soustraire à l’autorité de Tbilissi, ce qui n’est pas exactement conforme à l’idéal olympique. Très vite, la polémique sera vite confinée au boycott de la seule cérémonie d’ouverture. Les sportifs demanderont de ne pas être pris en otages. L’Europe sera divisée. Sarkozy et Poutine seront diabolisés. La routine.

04/12/2007

Le pluralisme à la Russe

Un jour que j’interviewais Mikhaïl Gorbatchev à Moscou en peine perestroïka – ce devait être en 1989 – et que j'évoquais devant lui l'idée du pluralisme politique, le secrétaire général du Parti communiste d’URSS, futur président de l’URSS, m’avait fait une drôle de réponse : "Un autre parti, répondit Gorby, mais oui, pourquoi pas ?" Le pluralisme, pour un Russe formé à l’école du communisme soviétique, c’est cela : un autre parti, si possible créé par le pouvoir en place, qui constitue l’opposition officielle. Poutine a hérité de cette conception très spéciale du pluralisme. Après tout, le tout-puissant président russe nomme à tous les postes, il peut bien nommer aussi son opposition !
J’entends Sarko qui rigole…

23/11/2007

URSS, le retour

Manon Loizeau, excellente journaliste, a montré hier dans Envoyé Spécial, sur France 2, comment la Russie de Poutine renouait avec certaines méthodes policières de l’époque communiste : en envoyant tel ou tel journaliste trop curieux dans des asiles psychiatriques, où on soumet ces impudents, loin de tout, à des traitements dangereux et dégradants. Critiquer le pouvoir, comme disait naguère le KGB, c’est forcément être fou, et cela se soigne ! L’assassinat d’Anna Politkovskaïa – que j’avais reçue à Paris quand je présidais l’Association des journalistes France-Russie – pouvait être analysé comme une bavure monstrueuse, un accident de l’histoire, dans une Russie allant, malgré tout, dans le bon sens. Hélas ! La mort d’Anna, en réalité, était le signal d’un retour à l’URSS de Brejnev. C’est-à-dire au moyen âge.

26/10/2007

Saint Mikhaïl Gorbatchev

Très curieux, ce matin, sur Europe 1, cette dithyrambique adulation de Mikhaïl Gorbatchev par Jean-Pierre Elkabbach ! "Vous êtes le grand homme de notre époque, vous avez brisé le mur de Berlin, vous avez sauvé l’Europe, vous êtes le sauveur du monde !" En réalité, Gorbatchev est un sympathique bavard qui a fait sa première carrière sur des discours fumeux, et qui continue. Il avait été élu par ses ainés pour empêcher l’effondrement du Parti communiste et l’éclatement de l’URSS. Il a tout raté. Mais comme il n'a pas voulu régler tout cela par les chars, on lui pardonne. De là à le canoniser…
Un doute fugitif a effleuré Elkabbach quand le gentil Gorby a défendu le méchant Poutine. Zut alors ! Allons, Jean-Pierre : même les saints ont des faiblesses.

23/04/2007

Sacré Boris !

medium_Boris.jpgLes médias occidentaux avaient fait de Boris Eltsine un balourd alcoolo, limite facho, et il faut bien dire qu'il détonait, Boris Nikolaievitch, dans les réunions du G8 ! Mais cet ours mal léché, brut de décoffrage, qui n'avait jamais connu que son Oural profond, a gagné, à l'instinct, une des plus grandes batailles du XXè siècle : celle qui a opposé, dans un duel mortel, la Russie à l'URSS. Celle-ci était représentée par Mikhail Gorbatchev qui était, lui, le chouchou des médias de l'Ouest : ceux-ci attendaient depuis si longtemps le messie réformateur du communisme !
Or le communisme, comme l'a dit un célèbre soviétologue, était comme un oeuf - et dans l'Oural profond, figurez-vous, on ne connait qu'une façon de changer la forme d'un oeuf...