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26/11/2008

Pan sur le bec !

Lu dans L’Express les « bonnes feuilles » du livre de Laske et Valdiguié sur La Face cachée du Canard Enchaîné (Stock). Il est toujours vertigineux de refaire l’histoire. Deux exemples liés à la présidentielle de 1981. D’abord, l’opération "diamants de Bokassa", qui a beaucoup contribué à faire battre Giscard par Mitterrand (auquel, apprend-on, le Canard ne pouvait rien refuser), reposait en grande partie sur des faux fabriqués sur du papier à entête de l’ex-empereur ! Ensuite, si l’affaire Papon a éclaté le 6 mai 1981, ce n’est pas par hasard : visant un ministre du gouvernement Barre, elle était sciemment destinée à "piquer à Giscard 200.000 voix juives et 50.000 voix de pieds-noirs" (dixit Mitterrand) à la veille de la présidentielle. Un peu écoeurant, non ?

21/10/2008

L'autre Emmanuelle

Souvent presse varie. Surtout quand la rubrique "people" s'ouvre soudain à des vertiges médiatiques insoupçonnés. Après mère Teresa et l’abbé Pierre, sœur Emmanuelle s’est éteinte. A nouveau, le temps d’une disparition, une sorte de respect impérieux force les journalistes à s’extirper de leur cynisme quotidien et de leur dérision habituelle. Ces héros médiatiques compensent le vide de tant d’autres personnalités sans intérêt : ils ont la foi, ils croient en l’homme, ils respectent le pape, ils aiment l’Eglise, ils donnent leur vie aux autres : curieuse engeance ! Sur France Info, mardi, un journaliste, sceptique, interroge : est-ce une génération qui s’en va ? Evidemment non. Cette génération-là a 2000 ans, et elle nous réserve encore bien des surprises.

23/09/2008

Touche pas à ma promo !

Hier dans le 8è arrondissement, demain dans le 10è, Bertrand Delanoë invite les journalistes à couvrir ses réunions publiques, mais à une condition : pas de questions sur le PS ! La presse est là pour assurer la promo, pas l’info ! Chez Ruquier, samedi soir, le critique Eric Naulleau a osé dire à Gérard Jugnot que la fin de son nouveau film lui avait moins plu que le début : Jugnot, furibard, l’a littéralement insulté ! Comment ? Quelqu’un ose polluer la promo du film en donnant un avis nuancé ? Sur RTL, ne supportant pas que Jean-Michel Aphatie lui parasite son one-man-show avec des questions pointues, Bernard Tapie lui lance : "Vous êtes un connard !" La conclusion, c’est Michel Rocard, en promo dans les médias depuis soixante ans, qui la livre dans La Croix de vendredi : "Les médias nous pourrissent la vie !" Ben voyons.

21/09/2008

Mes bien chers frères

Mea culpa. J’ai écrit un jour, dans ce blog, que les journalistes politiques occultaient systématiquement l’une des clefs électorales de ce pays, à savoir l’influence des réseaux francs-maçons. Je ne diabolise personne, évidemment, mais je me marre : combien de doctes commentateurs, morts de trouille à la seule idée d’évoquer ce sujet sulfureux, se vautrent, du coup, dans leurs analyses ! Eh bien, j'ai eu tort. Concernant le duel Raffarin-Larcher pour la présidence du Sénat, L’Express de cette semaine explique que la primaire au sein de l’UMP réduit le poids des "frères", qui ne seraient qu’une trentaine au sein de ce parti, et avantage donc Raffarin ; de son côté, le Fig Mag évalue à une centaine les voix des sénateurs franc-maçons, toutes obédiences confondues, qui bénéficieront à Larcher. On progresse dans la transparence...

14/09/2008

Des journalistes "sic"

Aux Jeux papalympiques, la médaille d’or de l’archaïsme laïcard et de la débilité idéologique a été attribuée aux syndicalistes de France 2 qui ont élevé une protestation solennelle parce que, sur leur propre chaîne, vendredi, la couverture de la réception de Benoît XVI par Nicolas Sarkozy à l’Elysée a repoussé le début du JT de 13h à 13h15 ! N’étant plus à une bêtise près, les camarades syndiqués précisent, portés par une préoccupation mercantile très remarquable, que ce report a mis en péril la "fidélisation" des téléspectateurs de France 2 ! Que la rencontre entre le pape et Sarkozy fût l’actualité du moment a totalement échappé à ces hérauts du laïcisme qui n'ont de "journalistes" qu'une carte professionnelle et des avantages fiscaux - on ne peut pas tout avoir.

28/07/2008

Une info venue du Creusot

La crise de la presse, dramatique pour la démocratie, est évidemment due à des raisons sociologiques et économiques, mais aussi à des raisons… journalistiques. Si les journaux faisaient de la bonne information, moins routinière, moins superficielle, moins utilitaire, ils gagneraient des lecteurs, comme l’ont prouvé, en Bourgogne, Le Journal du Palais et l’Indépendant de l’Yonne. Comme le prouve surtout, depuis quelques mois, le site www.creusot-infos.com, animé au Creusot par le journaliste Alain Bollery, qui est devenu le premier site d’information de la région : 300.000 pages lues ou affichées par jour, 45 à 50.000 visites quotidiennes ! Son secret : il donne des infos et renouvelle son site 6 fois par jour. Un journaliste qui fait de l’info : étonnant, non ?

16/07/2008

Un journaliste décoré...

Pendant des années, chaque 14 juillet, j’envoyais un petit mot ironique à tous mes copains journalistes décorés de la Légion d’honneur. J’aurais pu le faire, cette année, à Ruth Elkrief, Philippe Reinhard ou Jacques Marseille. Ou bien à Régis Faucon, Yves Messarovitch, Isabelle Baillancourt, Hervé Chabalier et... Robert Ménard (mais oui), qui l’ont eue à Pâques. Ou encore à ceux qui ont reçu, le 1er mai dernier, le "Mérite" : Dominique Quinio, Christophe Hondelatte, Frédéric Mounier, Valérie Expert, etc. Partant de l’idée qu’un journaliste qui fait son métier n’a de merci à recevoir de personne, et surtout pas d’un ministre, j’adressais à tous cette maxime roborative : "Un journaliste décoré, c’est un journaliste de moins !" J’ai cessé de faire le fier le 14 juillet 2005. Allez savoir pourquoi. Félicitations à tous.

10/06/2008

Un métier de seniors

Tout fout le camp. Même PPDA. Un par un, les seigneurs du PAF (devenus les seniors du PAF) cèdent la place, non sans s’y accrocher un max. C’est bien malgré eux que Serge July ne dirige plus Libé, que Jean-François Kahn a abandonné Marianne, que Philippe Gildas a quitté Canal, que Jean-Pierre Elkabbach ne dirige plus Europe 1. Il reste quelques papys qui font de la résistance : Drucker sur France 2, Bouvard sur RTL, Mougeotte au Figaro, Foucault sur TF1, Duhamel un peu partout et le couple Perdriel-Daniel, 160 ans à eux deux, à la tête du Nouvel Obs. La plupart de ces talentueux journalistes ont passé leur vie à expliquer que les hommes politiques, en France, restent décidément trop longtemps attachés à leurs mandats…

09/06/2008

Tout va mal

Il y a des jours où on ne devrait pas écouter la radio le matin. Surtout un lundi. Voici les infos du jour :
- les routiers bloquent les routes françaises pour faire baisser le prix du pétrole saoudien ;
- du côté de la Sncf, les cheminots font grève, personne n’a compris pourquoi ;
- les Irlandais vont voter contre l’Europe à qui ils doivent d’être sortis du moyen âge ;
- la France dispute son premier match de l’Euro 2008 privée de Patrick Vieira et de Thierry Henry ;
- le mauvais temps va continuer toute la semaine.
Et pour couronner le tout, voilà que PPDA va arrêter de présenter le journal de TF1 ! Trop, c’est trop. Je retourner me coucher.

20/05/2008

Les retraités de mai 68

Encore une commémoration à laquelle je ne m’attendais pas : les 40 ans du magazine Notre Temps. Au cœur de l’événement sacré que fut Mai 68, tout entier à la gloire de la jeunesse, des journalistes catholiques du groupe Bayard lançaient la première publication pour les retraités. Au sommaire : "La vie commence à 60 ans". Plus ringard et plus décalé, tu meurs ! Or, Notre Temps a est une des rares créations de cette époque à avoir prospéré : quelle publication née en mai 68 peut revendiquer aujourd’hui, la bagatelle de 900.000 acheteurs ? Pour son anniversaire, Notre Temps a sondé les Français sur leurs seniors préférés, et donné la parole à Simone Veil et Nicolas Hulot. Je me marre : il doit être content, Hulot, d’être un senior !

09/05/2008

Une presse d'opposition ?

La presse française critique Sarkozy du matin au soir. C’est légitime. Elle est là pour ça, la presse : pour critiquer. Mais quand ledit Sarkozy la critique en retour, alors elle se déchaîne, la presse : comment a-t-il osé dire, mercredi, devant des parlementaires de l’UMP, que "la presse se prenait pour l’opposition" ? Alors que c’est parfaitement exact. Et pas seulement pour jouer son rôle de critique : dans un sondage explosif, Marianne avait révélé, en 2002, que 6 % des journalistes disaient voter "à droite", et que 4 % d’entre eux avaient voté Chirac aux présidentielles (ce qui montre le fossé abyssal qui sépare les médias et l’opinion, soit dit en passant). Et encore, 6 % c'est beaucoup aux yeux de certains : quand j'entends l'éditeur Guy Birenbaum proposer d'interdire Eric Zemmour sur les ondes du service public parce qu'il est de droite, j'ai un peu froid dans le dos...

06/05/2008

Après Elkabbach, Ardisson ?

Si vous passez par Europe1, rue François 1er, mettez un gilet pare-balles : ça flingue sec dans les couloirs ! Mais tendez l’oreille, aussi, et vous aurez les réponses aux questions que tout le monde se pose. Pourquoi Jean-Pierre Elkabbach n’a pas démissionné après l’affaire Sevran ? "Parce qu’il gagne environ 70.000 euros par mois, et qu’à son âge, il a peur de manquer". Pourquoi sa rédaction, déboussolée et humiliée, a renoncé à voter une motion de défiance contre lui ? Parce que si Elkabbach s’en va, le représentant de Lagardère Active, Didier Quillot, a l’intention de le remplacer par Thierry Ardisson, ce qui tétanise, visiblement, l’ensemble des journalistes !
Conclusion pratique : si Europe1 annonce soudain la mort de Thierry Ardisson, n'en croyez rien.

30/04/2008

Enquête sur les "médiacrates"

87868717e21b4ec518ea5f3ee44086eb.jpgParmi les livres qui analysent la crise de la presse en France, celui de Jean Nouailhac, intitulé Les Médiacrates (éd. L'Archipel), est impressionnant de précision et de justesse. Une citation parmi d’autres : "La plus grande partie de la presse française ne reflète que l’état d’esprit de ceux qui la font. (…) Tout ce qui dégrade la culture raccourcit le chemin qui mène à la servitude. ( …) Une société qui supporte d’être distraite par une presse déshonorée et par un millier d’amuseurs cyniques décorés du nom d’artistes, court à l’esclavage malgré les protestations de ceux-là même qui contribuent à sa dégradation". Le nom de l’auteur de ces lignes dira peut-être quelque chose aux jeunes journalistes : il s’agit d’Albert Camus.

29/04/2008

Plantu sauve l'honneur

En publiant son dessin d’Elkabbach dans Le Monde d'hier, Plantu a sauvé l’honneur de la presse. Dans cette désolante affaire, le divorce est frappant entre la liberté de ton de la blogosphère bruyante et hilare, et l’époustouflante discrétion de la presse classique sur la faute professionnelle du patron d’Europe 1 - lequel, dans un monde normal, aurait dû évidemment démissionner. Je ne parle pas des Morandini, Durand, Ruquier, Duquesne et autres excellents confrères d’Europe 1, tous décrédibilisés et contraints à avaler leurs micros et leurs chapeaux, mais des rédacteurs en chef des autres médias traditionnels - lesquels figurent parmi les 250 invités potentiels du beau Jean-Pierre, et font donc, depuis une semaine, comme s’ils n’avaient rien entendu. Au nom d’une éthique que je n’arrive pas bien à cerner…

26/04/2008

Elkabbach est mort !

Jean-Pierre Elkabbach est mort. Journalistiquement, bien sûr. Sur internet, des centaines de milliers d’internautes se passent et commentent l’annonce prématurée de la mort de Pascal Sevran sur ordre du patron d’Europe 1 qui n’avait pas recoupé son info. Une faute énorme, évidemment, qui décrédibilise la station pour longtemps, de la part d’un directeur qui attaquait récemment tous les sites et les blogs coupables de diffuser des infos non vérifiées ! Un stagiaire, un chroniqueur, un chef de service, un rédacteur en chef aurait été viré. Pour moins que cela, Olivier Mazerolle avait démissionné de la direction de France 2. Elkabbach, lui, reste impassible, accroché à son fauteuil. Pour combien de temps ? Vous le saurez en écoutant RTL...

14/04/2008

"Le Monde" à son tour...

Le Monde en grève, ce n’est pas banal. C’est la première fois que le journal qui a le plus abondamment relayé les grèves des autres depuis la guerre, subit lui-même la colère de ses propres troupes. Il y a de quoi. Un plan de 130 licenciements, dont 2/3 dans la rédac, cela fait, in fine, 25 % de journalistes en moins. De deux choses l’une : ou bien un quart des journalistes du Monde se les roulait tranquillement à l'ombre des rotatives, ou bien la qualité du journal va sérieusement s’en ressentir. Le Monde découvre brutalement ce que la quasi-totalité des journaux ont déjà vécu : le rêve, chez les actionnaires, les financiers, les contrôleurs de gestion, d’un journal sans journalistes. C’est vrai que les journalistes, c’est cher, c’est chiant, ça ne rapporte que des ennuis et même, parfois, ça se met en grève !

26/02/2008

Arrêtez le concours !

Traiter un abruti de "pauv’con", assurément, ce n’est pas bien, surtout quand on est chef de l’Etat. Mais que cette affaire fasse encore la une des journaux, des interviewes, des éditos, c’est insensé. Et qu’on en fasse un argument politique en faveur de Bayrou (qui, il y a peu, dénonçait les "conneries" politiques et voulait "donner un coup de pied au cul" au système) ou de Ségolène (qui vient d’adouber à Montpellier un président de région viré du PS pour sa grossièreté à l’égard des harkis et des blacks), c’est atterrant. Arrêtez le concours de médiocrité ! Sortez de cette actualité débilitante, faite de SMS volés, d’interviewes retouchées, de vidéos piratées, de débats fabriqués, de petites phrases montées, de photos floutées ! Stop !!!

19/02/2008

Le bon sens de Wolton

Un peu de bon sens dans un monde de fous : hier, sur RTL, le sociologue Dominique Wolton a réglé son compte en quelques phrases à l’hypocrisie des médias qui ont tous envoyé leurs journalistes accompagner les policiers à la poursuite de délinquants dans les cages d’escaliers de Villiers-le-Bel. "Cette complicité vous fait perdre la confiance du public", accuse Wolton. "C’est la concurrence", plaident les médias. "Les valeurs de la concurrence ne sont pas plus importantes que celles qui fondent votre légitimité", assène Wolton. Lequel ajoute, à propos du fameux SMS du Nouvel Obs : "Ce n’est pas parce que le président a trop joué avec la frontière public-privé que vous devez vous en affranchir !" Et toc.

12/01/2008

La fin du caniveau

d13bf947b6b81ac0dd0348cb0c640895.jpg L’élection de Sarkozy aura au moins fait tomber une barrière, celle qui séparait la presse people de l’autre presse, la sérieuse, la fréquentable. Aujourd’hui, ce n’est pas Closer ou Voici qui se déchaîne en Une sur le couple Sarko-Carla, mais L’Express. Et ce ne sont pas des mercenaires de la presse de caniveau qui révèlent les dessous du départ de Cecilia, mais Anne Bitton (Le Point), Michael Darmon (France 2), Denis Demonpion et Laurent Léger (Le Point), Yves Derai (Le Nouvel Economiste). Et que dire des grands éditorialistes, tous médias confondus, qui ont lâché la bonde et dissertent à qui mieux-mieux sur le voyage en Egypte ou la date du mariage !
Albert Londres, reviens, ils sont devenus fous !

08/01/2008

Sarko, il en fait trop !

Depuis ce matin, c’est la folie dans les médias. Parce que Nicolas Sarkozy a décidé qu’à l’occasion des vœux aux 600 journalistes invités à l’Elysée comme tous les ans, il donnerait, en plus, tenez-vous bien, une conférence de presse ! A des journalistes, franchement, c’est culotté ! Branle-bas de combat, questions des auditeurs, interviews des spécialistes, reportage en coulisses, et tout le bataclan. Après la prestation du président, à nouveau la folie : extraits, commentaires, petites phrases, réactions, et tout le tremblement. La presse n’en peut plus de dauber sur le salaire, le style, l’entourage, les vacances, le mariage du chef de l’Etat. Et même aussi, parfois, attention aux yeux, sur sa politique ! Et en répétant jusqu'à plus soif cette critique sévère : Sarkozy, vraiment, il en fait trop !